Retrouvons ces dames au lavoir de Secqueville en Bessin.
Berthe : Ah, Marise, as-tu entendu parler de ce qui s’est passé hier à Creully ?
Marise : Non, quoi donc ? Encore des commérages
?
Berthe : Point du tout ! Un accident, et pas des
moindres ! Figure-toi qu’au concours d’animaux organisé par la Société
d’agriculture de Caen, un taureau a failli estropier un homme !
Marise : Un taureau ? Sainte Mère ! Mais comment
cela est-il arrivé ?
Berthe : Eh bien, les messieurs du jury étaient
là, examinant les bêtes comme ils le font chaque année. M. Hornez, un des
juges, inspectait la mâchoire d’un taureau pour vérifier son âge. Mais voilà
que l’animal, mal retenu par son bouvier, s’énerve tout à coup et se met à ruer
comme un diable !
Marise : Grand Dieu ! Et il a blessé quelqu’un ?Lavoir de Secqueville en Bessin
Berthe : Oh oui ! M. Hornez a eu le bon sens de
s’écarter à temps, sinon il était frappé en pleine poitrine. Mais M. le comte
d’Osseville, lui, a été jeté à terre comme un vulgaire sac de farine !
Marise : Oh là là, pauvre homme !
Berthe : Et ce n’est pas tout ! M. Jardin a reçu
un coup au bras droit, rien de bien grave, mais M. Duquesnel, lui, a été bien
malchanceux… la bête lui a rué sur le pied gauche, et il en a été blessé assez
sérieusement !
Marise : Ah, les pauvres ! On croit que juger un
concours de bêtes, c’est une affaire tranquille, mais voilà bien la preuve du
contraire !
Berthe : Tu l’as dit ! Ce n’est pas tout rose,
ces histoires-là… Tiens, passe-moi donc ce savon, j’ai encore deux draps à
frotter avant de rentrer.