Le premier dimanche du printemps, les habitants de Creully et ceux du hameau de Creullet furent témoins d’un phénomène étrange : la Seulles, cette rivière paisible qui serpentait dans la vallée, disparut soudainement. Son cours, d’ordinaire si régulier, s’interrompit brusquement en un point précis de son lit, où un trou s'était formé dans la nuit.
Des habitants de Tierceville, alertés par le silence anormal de la rivière, remontèrent vers l’amont en empruntant les berges. Là où, la veille encore, l’eau clapotait joyeusement, il ne restait qu’un gouffre sombre, avalant la Seulles comme un monstre insatiable. Les villageois s’interrogeaient, certains murmurant qu’un esprit ancien s’était réveillé, d’autres évoquant un phénomène géologique inexplicable.
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C'est ici que la Seulles disparut. |
Des experts furent appelés, mais ni les géologues
ni les hydrologues ne purent donner d’explication immédiate. La rivière s’était
tout simplement volatilisée, aspirée sous terre sans laisser de trace.
Puis, deux jours plus tard, alors que le mystère
s’épaississait et que certains craignaient de voir la Seulles disparaître à
jamais, l’eau revint aussi soudainement qu’elle s’était évaporée. Le gouffre,
qui paraissait encore béant la veille, s’était comme refermé sur lui-même. La
rivière reprit son cours normal, comme si rien ne s’était jamais passé.
Les habitants restèrent perplexes. Était-ce un
caprice de la nature, une faille souterraine qui s’était ouverte puis refermée
? Ou bien une vieille légende locale, oubliée depuis longtemps, venait-elle de
leur rappeler qu’il y a bien des siècles, on pouvait quitter la forteresse
médiévale de Creully par un souterrain pour rejoindre la grande ferme à
l’entrée de Crépon, un village au nord-ouest ? La rivière Seulles avait-elle
voulu visiter ce passage secret ?