Creully sur Seulles
Creully sur Seulles et ses environs, des villages aux multiples histoires
Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (cinquième partie) - Les propriétaires
Les Archives Départementales du Calvados conservent précieusement un grand ouvrage daté de 1776, intitulé « Papier terrier du domaine fieffé et non fieffé, droits, dignités et revenus de la manse priorale de Saint-Gabriel ».
J’ai passé de nombreuses heures à étudier cet ouvrage, rédigé par des moines de l’abbaye de Fécamp. Le prieuré de Saint-Gabriel avait été fondé au XIe siècle par trois religieux envoyés par Jean de Ravenne, abbé bénédictin de Fécamp, à la demande de Richard de Creully (Ricarus de Croilei).
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| Numérotation des parcelles concernées par mon étude. |
Appartient à
François le Maître Sieur Desjardins, fils
d’Étienne le Maître et le dit Étienne fils de Denis le Maître qui représentait
par acquis Louis Bonnel Sieur de la Carbonnière contenant vingt acres en
prairie ou herbage nommée partie le haut pays, et l’autre partie l’herbage des Mares
ou prairie des Yea, anciennement en plusieurs pièces qui composaient les delles
des Yea, de dessus les Yea, du bas des Yea, Deuherchieu, et de la falaise.
Aujourd’hui réunies en un seul morceau qui jouxte d’un côté au levant le dit
Sieur
Desjardins et les fils dudit Sieur Duparc le Maître, d’autre côté au couchant
la rivière de Seulle et en partie le Sieur Prieur de Saint Gabriel, d’un bout
au nord ladite rivière et lesdits fils
du sieur Duparc et d’autre bout au midi le chemin de Varembert du nombre de laquelle
pièce il y en a quatre acres trois vergées faisant partie de la portion nommée
le haut pays, qui jouxte au levant les maisons
du dit sieur Desjrdins et en partie l’herbage des fils dudit Sieur
Duparc, au couchant le surplus de la
dite portion nommée le haut pays d’un
bout au nord de la dite herbage des fils
dudit sieur Duparc et l’autre portion dicelle pièce
nommée la prairie des Yea et d’autre bout au midi le dit Chemin de Varembert
relevant du prieuré de saint Gabriel. Le surplus de ladite pièce pour quinze
acres avec une vergée, relève des fiefs des Sieurs
de Brunville suivant le règlement
du 1er May 1775.
En rouge, deux familles qui ont de l'importance dans mes recherches.
TABLEAUX récapitulants les propriétaites ou exploitants des terres "des Mares" et "des Petites Mares
Articles précédents :
Creully sur Seulles - Paul le rebouteux de Villiers le Sec
A l'abri bus de Villiers -le-sec (Creully sur Seulles), Paul GUILLARD, rebouteux raconte, avec son accent normand, comment il est devenu rebouteux, explique la manière dont il travaille et parle de ses rapports avec le médecin du village.
Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (quatrième partie) - Des femmes en vogue vers la Martinique - Desjardins et Varambert
Dans les colonies françaises des Antilles, il y avait surtout des hommes européens (soldats, administrateurs, planteurs). Le déséquilibre entre hommes et femmes posait problème pour la stabilité sociale et la reproduction de la population coloniale blanche.
L’administration coloniale encourageait donc l’arrivée de femmes pour former des familles européennes et éviter que les colons vivent uniquement avec des esclaves ou des femmes non européennes.
La monarchie française, sous des règnes comme celui de Louis XIV puis de Louis XV, cherchait à renforcer le peuplement européen dans les colonies.
Envoyer des femmes permettait :
- de stabiliser les colons;
- de créer des familles installées durablement;
- de renforcer la présence française face aux autres puissances coloniales.
Une partie des femmes envoyées :
- venaient d’orphelinats ou d’hôpitaux (comme ceux de Hôpital général de Paris)
étaient issues de milieux très pauvres;
- parfois considérées comme « sans ressources ».
On leur promettait souvent un mariage et une nouvelle vie dans la colonie.
À leur arrivée en Martinique, ces femmes pouvaient :
être mariées rapidement à des colons,
ou être placées comme domestiques avant mariage.
Ces envois de femmes servaient surtout à peupler les colonies, stabiliser la société coloniale et encourager la formation de familles européennes dans les Antilles.
Dans un convoi qui prit le départ de Paris le 12 Septembre 1682, 50 filles allaient être conduits à la Martinique. L'une d'elles, Elisabeth Desjardins, 24 ans, est désignée comme gouvernante des filles.
Mes recherches confirmèrent qu'Elisabeth Desjardins n'avait rien à voir avec La famille Desjardins qui fut propriétaire des terres de Saint Gabriel.
Autre recherche aux Antilles.
En effectuant mes recherches, j’ai découvert qu’un certain Nicolas Desjardin épousa, au XVIIIe siècle, une jeune fille prénommée Anne Marguerite.
Ce nom m’a conduit jusqu’à Saint-Gabriel, ou plus précisément vers Brécy. Elle portait le nom de Varambert, qui est aussi celui d’un hameau de Brécy, ainsi que celui du chemin passant devant la ferme et le château « des Mares ».
Nouvelle déception. Ce mariage entre ces deux patronymes ne m'amena pas sur les terres du Bessin.
Articles précédents :
Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (troisième partie) - Le camp de Vaussieux
Les anciens de Saint Gabriel nous indiquent que le nom de "la Martinique" viendrait d'une grande manoeuvre de l'armée sous Louis XVI dont le but était d'expérimenter une nouvelle méthode de combat.
Le Camp de Vaussieux, septembre 1778
En ce mois de septembre 1778, alors que les feuilles commençaient à se parer des couleurs de l’automne, un camp militaire imposant prit vie sur la rive droite de la Seulles, à l’est de Bayeux. Trente-cinq mille hommes, infanterie et cavalerie confondues, s’y rassemblèrent, déployant leurs tentes et leurs étendards entre la grande route reliant Caen à la capitale du Bessin et les étendues verdoyantes s’étirant vers la mer. Ce camp, qui devait marquer les esprits, fut baptisé camp de Vaussieux, en hommage au maréchal de Broglie, commandant en chef, qui avait établi son quartier général au château de ce nom, niché dans la commune d’Esquay-sur-Seulles.
L’état-major, composé des plus illustres seigneurs de la Cour, y brillait de tout son éclat. Parmi eux, M. de Cheylus, évêque de Bayeux, se distingua par son faste et sa générosité, accueillant les officiers avec une magnificence qui reflétait l’opulence de l’époque.
Les troupes, divisées en deux corps, s’affrontèrent lors d’une petite guerre simulée, où la stratégie et l’honneur se mêlaient. Le maréchal de Broglie dirigeait l’un des camps, tandis que l’autre était placé sous les ordres du valeureux, mais tragique, Luckner. Ce dernier, déjà marqué par le poids des années, devait plus tard commander les armées françaises au début de la Révolution, avant de connaître une fin funeste sur l’échafaud en 1793. Après des manœuvres savantes, des charges de cavalerie retentissantes et des feux d’artillerie éclatants, la victoire sourit finalement aux troupes de Luckner. C’est à cet épisode que l’on doit le nom d’un hameau de la commune d’Esquay, baptisé la France, en mémoire de cette glorieuse journée.
Certains habitants locaux précisaient que "la Martinique" c'était peut-être le nom d'un des régiments présents.
Aucun régiment portait ce nom.
Vers la fin du mois d’août 1778, alors que les derniers feux de l’été embrasaient encore les campagnes de Normandie, les troupes destinées au grand camp commencèrent à affluer. Dès le 25 août, les régiments, disciplinés malgré le désordre ambiant dont les chroniques ont gardé la trace, prirent progressivement leurs quartiers. Avant même que le premier septembre ne sonnât, l’ensemble des forces était installé, ordonné sous les tentes comme les pièces d’un vaste échiquier militaire.
Aujourd’hui encore, le musée de Caen conserve une carte précise de ce camp de Vaussieux, dressée sur place en 1778. Ce document, témoin silencieux de l’histoire, rappelle l’éclat éphémère de ces journées où la Normandie fut le théâtre d’une page militaire aussi grandiose qu’oubliée.
Voici comment se déployaient ces hommes, dans un ordre aussi rigoureux que majestueux :
À l’avant-garde, face au bourg de Vaux-sur-Seulles, s’étendaient les régiments d’infanterie de Champagne, de la Reine — dont les étendards flottaient avec une grâce souveraine —, de Flandre et de Beauce, leurs uniformes alignés comme une muraille humaine.
Plus loin, devant le village d’Esquay, se tenaient, en une ligne ininterrompue, les régiments de Bassigny, de Médoc, de Soissonnais, de Rohan-Soubise, de Nivernais, de Bourgogne, de Conti, de Touraine, de Penthièvre, d’Aunis, du Roi, de la Couronne et de Forez, leurs enseignes claquantes sous le vent.
Derrière cette imposante phalange, plus près encore du château d’Esquay, avaient élu domicile les régiments de Royal-Bavière et de La Marck, ce dernier placé sous le commandement avisé du baron Félix-Louis de Wimpfen, dont la réputation de stratège n’était plus à faire.
Quant à l’artillerie, véritable nerf de la guerre, elle occupait une position clé : un
parc de quarante canons, servi par six compagnies du premier bataillon du régiment de Toul et une demi-compagnie d’ouvriers sous les ordres de Dupuget-d’Orval, avait été établi en avant de la ferme des Mares, sur la paroisse de Saint-Gabriel. Les régiments de Saintonge et d’Aquitaine, spécialement chargés de veiller sur ces redoutables engins, y avaient dressé leurs tentes, prêts à faire tonner le bronze au premier signal.
Ce n'est donc pas la raison du changement de nom pour devenir "la Martinique"
Articles précédents :
Sources: Archives nationales et départementales
Nous, écoliers de l'école de Creully, méritions bien nos prix !
Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (deuxième partie) - Les plans et cartes
Après vous avoir présenté le château de la Martinique, je vous invite à découvrir les terres qui portaient autrefois les noms de « Les Mares » et « Petites Mares », avant d’apparaître sous la dénomination « La Martinique » sur le plan cadastral de 1811.
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| Document très rare consulté aux archives départementales du Calvados |
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| Les deux documents ci-dessus sont datés du 12 juillet 1797 |

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| Carte d'état-major (1820-1866) |
Articles précédents :
Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (première partie) - Le château
Niché au cœur de la Normandie, le paisible bourg de Saint-Gabriel doit sa renommée à son prieuré, fondé au XIe siècle par le seigneur de Creully au profit de l’abbaye de Fécamp, ainsi qu’à son église paroissiale, placée sous la protection de saint Thomas Becket, son patron spirituel.
L’histoire de Saint-Gabriel s’est écrit au fil des siècles : en 1827, la commune s’unit à Fresnay-le-Crotteur, avant d’accueillir, en 1965, celle de Brécy, scellant ainsi leur destin commun.
Empruntant l’ancienne voie de Varembert — aujourd’hui baptisée rue du Moulin —, le promeneur découvre un autre joyau de Saint-Gabriel : le château de la Martinique. Cette élégante demeure, inspirée par le style de Viollet-le-Duc et remaniée en 1866, se dresse toujours dans l’intimité d’un domaine privé, témoin silencieux d’un passé prestigieux.
Pourquoi "La Martinique" ?
Depuis de longues années, j’ai arpenté les couloirs silencieux des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, fouillé les trésors oubliés des archives départementales du Calvados et de la Manche, et exploré les registres jaunis des archives diocésaines. Sans oublier, bien sûr, les précieux témoignages des habitants, gardiens vivants de cette mémoire locale.
Cette quête patiente m’a permis de rassembler des documents, certains rédigés dans le vieux français des siècles passés, qui m’ont peu à peu révélé une vérité aussi fascinante qu’inattendue. En examinant méthodiquement chaque hypothèse pour mieux les écarter, j’ai reconstitué le fil d’une histoire oubliée.
Je vous invite à me suivre à travers une série d’articles, où nous remonterons ensemble le temps pour percer un mystère toponymique : comment le château, la ferme qui lui fait face et les terres environnantes ont-ils troqué leur ancienne appellation, « des Mares », pour celle, plus exotique, de « la Martinique » ?
Le château de la Martinique à Saint Gabriel en photos
Le domaine de la ferme de la
Martinique arrive dans la famille Delacour en 1824 lorsque Angélique le Maître
épouse Alexandre Delacour. Leur fils Albert modifie le château, le sépare de la
ferme et dessine le parc.















































