Une journée de justice au prieuré Saint-Gabriel (Creully sur Seulles)

 Le chœur de l'église du prieuré de Saint-Gabriel, non loin de Creully sur Seulles, accueille une exposition à partir du 1er juillet sur la justice qui était rendue dans ses murs.

Je vous propose de vous transporter 600 ans plus tôt pour assister à une audience appelée "plaid".


En l’an 1426, le soleil n'avait pas encore franchi les collines du Bessin lorsqu'une brume légère flottait encore au-dessus des prés humides entourant le prieuré Saint-Gabriel. Les premières lueurs de l'aube faisaient miroiter les gouttes de rosée accrochées aux pommiers tandis que, dans les pâturages, les silhouettes sombres des bœufs se découpaient lentement dans le brouillard.

Puis la cloche.

Une note grave, profonde, emplissait la vallée.

Elle résonna une première fois, puis une seconde, avant que son écho ne vienne mourir jusque dans les chaumières des tenanciers.

Les frères bénédictins quittaient déjà silencieusement leur dortoir. Drapés dans leurs longues robes de laine écrue serrées par une ceinture de cuir, la tête couverte de leur capuce noir, ils traversaient le cloître en silence. Seul le froissement des étoffes, le craquement des sandales sur les dalles humides et les chants des premiers merles troublaient la quiétude du matin.

Dans l'église, les voix s'élevèrent bientôt.

Domine, labia mea aperies...

La psalmodie emplissait les voûtes tandis que l'odeur de cire chaude se mêlait à celle de la pierre froide.

Mais ce mardi ne serait pas un jour ordinaire.

C'était jour de justice.

 


Pendant que les religieux célébraient les matines, une autre agitation gagnait peu à peu les bâtiments du prieuré.

Dans la grande salle attenante au logis prieural, des serviteurs ouvraient les lourds volets de bois.

Une lumière jaune pénétra dans la pièce.

Le sol était couvert de joncs fraîchement coupés non loin de la Seulles dont le parfum végétal adoucissait celui des poutres enfumées. Au centre de la salle, une longue table de chêne était installée sur deux tréteaux. Derrière elle prenait place un haut fauteuil sculpté réservé au prieur ou à son représentant.

À sa droite, un pupitre attendait le greffier.

Un jeune clerc, qui faisait office de greffier, y déposait déjà son écritoire.

Il aligna avec soin son canif, son grattoir, son encrier rempli d'une encre brunâtre et plusieurs feuilles de parchemin soigneusement roulées.

Il souffla sur la pointe de sa plume d'oie.

— « Que Dieu fasse que personne ne parle trop vite aujourd'hui... »

Son voisin sourit.

— « Ou que chacun dise enfin la vérité. »

 

Peu avant tierce, les habitants commencèrent à arriver.

Les hommes portaient leurs braies de grosse toile, des chausses attachées sous le genou et une cotte de laine brune ou grise. Certains avaient revêtu leur meilleur surcot, réservé aux grandes occasions.

Les femmes arrivaient par petits groupes.

Leurs robes de laine descendaient jusqu'aux chevilles ; un voile blanc entourait leurs cheveux cachés sous une coiffe de lin. Plusieurs tenaient encore un panier d'œufs ou un morceau de fromage destiné au marché qui suivrait l'audience.

Tous retiraient leur bonnet avant de pénétrer dans la cour.

Les conversations étaient basses.

— « C'est aujourd'hui que Colin répondra de son champ... »

— « On dit qu'il a déplacé les bornes pendant la nuit... »

— « Et le meunier ? »

— « Il devra rendre compte de la mouture... Les paysans jurent qu'il garde plus que sa part. »

Les enfants, eux, observaient discrètement depuis les marches du cloître, vite rappelés à l'ordre par un frère.

 

La grande cloche sonna une nouvelle fois.

Le silence tomba presque aussitôt.

Le prieur entra.

Vieil homme à la barbe grisonnante, il avançait lentement sous son ample manteau noir bordé de fourrure. Derrière lui marchaient deux chanoines, puis le sergent du prieuré.

Celui-ci tenait à la main la verge de justice.

Le symbole de l'autorité.

Tous s'inclinèrent.

Le greffier se leva.

— « Que comparaissent ceux qui ont été appelés devant la cour du prieuré de Saint-Gabriel ! »

 

Le premier procès concernait deux voisins.

Guillaume et Colin.

Deux cultivateurs qui se connaissaient depuis toujours.

Ils s'avancèrent tête basse.

Le sergent posa devant eux une petite borne de pierre.

Le prieur prit la parole d'une voix calme.

— « Guillaume de Rots, quelle est ta plainte ? »

L'homme ôta son bonnet.

— « Mon père, voilà trois semaines que Colin a repoussé cette borne jusque dans mon champ. J'ai perdu deux sillons de terre. »

Colin leva aussitôt les bras.

— « C'est faux ! Cette borne est là depuis mon grand-père ! »

— « Tu mens ! »

— « C'est toi qui mens ! »

Le sergent frappa le sol de sa verge.

— « Silence devant la cour ! »

Le prieur demeura impassible.

— « Avez-vous des témoins ? »

Deux vieillards s'avancèrent.

L'un avait quatre-vingts ans.

Sa voix tremblait.

— « Je me souviens du temps où feu Raoul cultivait encore cette terre... La borne était plus près du vieux pommier... »

Le greffier écrivait sans lever les yeux.

Chaque mot comptait.

Après une longue délibération, le prieur ordonna qu'une visite des lieux serait effectuée le lendemain en présence des anciens du village.

Personne ne protesta.

La décision semblait juste.

 

Vint ensuite le meunier.

Un homme massif dont les mains portaient encore la farine.

Les paysans l'accusaient de retenir plus de grain que ne l'autorisait le droit de mouture.

Le prieur le fixa longuement.

— « Hugues, combien prends-tu sur chaque boisseau ? »

— « La seizième mesure, Mon Père... comme toujours. »

Une vieille femme éclata.

— « Il ment ! Regardez ses sacs ! Ils sont pleins ! »

Les murmures gagnèrent la salle.

Le sergent dut à nouveau imposer le silence.

Après avoir consulté le registre des redevances, le greffier retrouva une ancienne décision.

Le prieur hocha lentement la tête.

— « Les mesures seront vérifiées avant la Saint-Jean. Si fraude il y a, restitution sera faite et amende prononcée. »

Le meunier baissa les yeux.

 

L'audience se poursuivit durant toute la matinée.

Une dette impayée.

Une haie coupée sans autorisation.

Un porc retrouvé dans les cultures d'un voisin.

Une promesse de mariage rompue.

Des redevances en retard.

À chaque affaire, le même cérémonial.

Le greffier écrivait.

Le sergent appelait.

Les témoins juraient.

Le prieur interrogeait.

Les religieux écoutaient sans interrompre.

Parfois, les débats devenaient vifs.

Puis le calme revenait.

 

Exemple de sentence de 1645

Lorsque la cloche de sexte (sixième heure du jour, vers midi) sonna, chacun se leva.

L'audience était suspendue.

Les religieux rejoignirent le réfectoire.

Les paysans s'installèrent dehors.

On partageait un morceau de pain de seigle, quelques oignons, du fromage, parfois un hareng salé.

Les conversations reprenaient aussitôt.

— « Le prieur a été clément aujourd'hui... »

— « Attends demain pour la visite des terres... »

— « Tu verras que Colin devra remettre la borne à sa place... »

Des chiens circulaient entre les bancs, espérant quelques miettes.

Au loin, le marteau du forgeron résonnait déjà dans le village.

 

Livre de sentences du XVème

L'après-midi fut consacré aux affaires les plus délicates.

Le prévôt du prieuré présenta les comptes des cens et des rentes.

Quelques tenanciers demandaient un délai.

L'hiver précédent avait été mauvais.

Le prieur les écouta avec attention.

— « La terre appartient à Dieu avant d'appartenir aux hommes. Celui qui a souffert de la famine paiera après les moissons. Mais qu'il tienne sa parole. »

Un murmure d'approbation parcourut la salle.

 

Lorsque les derniers parchemins furent roulés, le soleil déclinait déjà derrière les grands chênes.

Le greffier souffla longuement.

Sa main était noire d'encre.

Le sergent rangea la verge de justice.

Les habitants quittèrent peu à peu le prieuré.

Certains étaient satisfaits.

D'autres méditaient encore leur condamnation.

Mais tous savaient qu'ils avaient été entendus.

Au-dessus de la vallée, les cloches sonnèrent les vêpres.

Les religieux reprirent leur place dans le chœur.

La justice des hommes s'effaçait désormais devant celle de Dieu.

Le silence retomba sur le prieuré Saint-Gabriel.

Seul le vent faisait bruire les peupliers tandis que, dans la lumière dorée du soir, les paysans regagnaient lentement leurs fermes, convaincus que, jusqu'à la prochaine audience, l'ordre avait été rétabli.

 

Cérémonies religieuses d'antan à Villiers le Sec ( Creully sur Seulles )

Photos prêtées par une habitante de Villiers le Sec.

Des plans de 1770 de communes voisines de Creully sur Seulles

Les Archives du Calvados renferment des joyaux. Comme ces plans de communes voisines de Creully datant de 1770 que j'ai découvert lors de recherches pour fournir ce blog.

Ci-dessous, les communes et leur plans.



AMBLIE

LE CAINET (Le Fresne Camilly)

COULOMBS

CREULLY

CULLY

FRESNE LE CROTTEUR (St Gabriel-Brécy)

LANTHEUIL

PIERREPONT

SAINT GABRIEL
Source: Archives départementales du Calvados
 

Jolicoeur et le maire de Creully

 Par une douce nuit de juin 1875, alors que le paisible bourg de Creully semblait plongé dans le plus profond des sommeils, un événement aussi inattendu que cocasse allait bientôt alimenter les conversations de tout le canton.

Est-ce la ferme de la mésaventure ?
Vers deux heures du matin, un fermier demeurant sur la route de Saint-Gabriel fut pris d'une soudaine envie d'inspecter ses bâtiments. Était-ce un pressentiment ou une simple habitude de paysan prudent ? Toujours est-il qu'en gravissant l'échelle menant au grenier, sa lanterne éclaira une silhouette recroquevillée dans la
pénombre.

À sa grande stupeur, ce n'était ni un vagabond ni un rôdeur inconnu, mais un solide gaillard du pays, que nous appellerons François Jolicoeur.

Surpris en si fâcheuse posture, le jeune homme perdit aussitôt toute son assurance. Le visage défait, incapable de fournir la moindre explication crédible, il balbutia quelques mots sans suite. Sa présence, à une heure aussi indue et dans un lieu aussi insolite, ne pouvait qu'éveiller les pires soupçons.

Persuadé d'avoir mis la main sur un voleur, le fermier envoya aussitôt quérir le maire et le garde-champêtre.

Le maire arriva le premier. Avec tout le sérieux que commandait sa fonction, il entreprit d'interroger le suspect. Mais plus les questions se succédaient, plus le pauvre François s'embrouillait dans ses réponses, au point de s'enfoncer davantage dans son embarras.

C'est alors que le destin, sous les traits de la robuste Jeanne, la servante de la ferme, fit irruption dans le grenier.

À la vue du maire aux côtés de François, son visage s'illumina et, sans mesurer la portée de ses paroles, elle s'écria avec une joie désarmante :

Ah ! François, c'est ben gentil d'être venu au rendez-vous... et d'avoir amené M. le maire pour le mariage ! Mais... ous' qu'est donc son écharpe ?


En une seule phrase, toute l'affaire fut éclaircie.

Le prétendu voleur retrouva aussitôt sa liberté, tandis que le fermier, le maire et le garde-champêtre ne purent retenir un sourire devant une méprise aussi savoureuse.

Quant à François et à la grosse Jeanne, nul doute que cette aventure précipita les événements : un mois plus tard, ils étaient promis à unir leurs destinées... cette fois devant Monsieur le Maire, dans les règles de la loi.

Pour le reste...

Eh bien, chers lecteurs, cela ne nous regarde pas.

Creully (Creully sur Seulles) - Miscellanées écolières des écoles de Creully

 J'ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver mes copains et copines de Creully sur ces photos. Je pense à ceux qui ont quitté cette terre creulloise pour se rassembler dans l'école des souvenirs.



Creully sur Seulles a tenu à rendre un hommage à Cecil Newton

 

Creully sur Seulles a tenu à rendre à Cecil Newton un hommage à la hauteur de son courage et de son histoire. Le samedi 6 juin 2026, dans une atmosphère empreinte d’émotion et de recueillement, un buste en bronze réalisé par le sculpteur Gilles Oderigo a été dévoilé devant un large public.


Aux côtés des personnalités présentes figuraient notamment des représentants de son régiment ainsi que les enfants de l’école qui porte aujourd’hui son nom. Ce moment de mémoire a été partagé avec sa famille : son fils Paul Newton, son épouse Claire et leur fils Oscar.

Quelques heures plus tôt, conformément à son ultime souhait, ses cendres avaient été dispersées sur la plage de Ver-sur-Mer. À 7 h 20 précisément, l’heure même où, jeune soldat de vingt ans, il avait posé le pied sur le sable normand le 6 juin 1944. Quatre-vingt-deux ans après ce débarquement qui allait changer le cours de l’Histoire, Cecil Newton retrouvait ainsi, pour l’éternité, cette plage où son destin avait rejoint celui de la liberté.

6 juin 1944, 7 h 20.

À seulement vingt ans, Cecil Newton s’apprête à vivre l’un des moments les plus décisifs de sa vie. Membre de la première vague d’assaut qui débarque sur Gold Beach, il foule le sable normand sous le fracas de la guerre, au cœur de l’immense opération destinée à libérer l’Europe.

Dans une lettre adressée à ses parents, il trouvera pourtant les mots pour les rassurer : « Tout s’est déroulé exactement comme prévu et continue ainsi. » Derrière cette phrase empreinte de courage et de retenue se cache la réalité d’un jeune homme confronté à l’épreuve la plus terrible de son existence.

Un hommage sous la forme d'une exposition au sein du château de Creully.

À travers des objets personnels, des archives inédites et des témoignages poignants, cette exposition retrace le parcours exceptionnel de Cecil Newton : de son entraînement militaire à son engagement comme tankiste au sein du 4th/7th Royal Dragoon Guards, durant la Bataille de Normandie.

Mais elle raconte aussi un autre combat, celui qu’il mena toute sa vie après la guerre : le combat de la mémoire. Soucieux de transmettre aux jeunes générations le souvenir des événements qu’il avait vécus et des hommes qui ne revinrent jamais, Cecil Newton consacra une grande partie de son existence à témoigner, inlassablement.

Citoyen d’honneur de Creully-sur-Seulles, il a œuvré jusqu’à ses derniers jours pour la paix et pour que le sacrifice de ses camarades tombés au combat afin de libérer l’Europe de la barbarie nazie ne sombre jamais dans l’oubli.

Cette exposition est un hommage à un homme de courage, mais aussi à toute une génération qui accepta de risquer sa vie pour rendre la liberté aux autres.

1881 - La mésaventure du fermier de Creullet (Creully) et la bouillie de sarrasin

Je vais vous narrer la mésaventure d'un cultivateur du hameau de Creullet amateur de bouillie de sarrasin.

L’année 1880 allait bientôt se présenter, la patronne  absente était à un enterrement à Crépon.
Ce maître fermier mange à tout propos de cette fameuse bouillie : là, rien que de très na­turel; mais voici une petite aventure qui ré­jouit fort en ce moment toute la petite ville du bord de la Seulles et qui mérite d'être narrée.
Voici le fait : pour prendre ledit repas, il a l'habitude de faire disposer la poêle à bouillie sur un petit banc appelé commu­nément "bancelle":le maître se place à cali­fourchon sur le banc, il invita sa jeune servante à lui faire vis-à-vis dans la même position, la fameuse poêle fumante entre les deux.


Le repas était depuis quelques instants en train, lorsque retentit à la porte un violent coup de son­nette, vite la soubrette de se lever et de courir au bruit : mais la petite malheureuse n'avait pas songé que le poids de sa personne était de toute nécessité pour le maintien de l'équilibre général... Un effroyable vacarme se fait entendre et... ô ! terreur, la bancelle ayant fait la bascule, son bon maître gisait là sur le dos ayant bouillie et poêle sur la poitrine.
Quelle situation pour cette dignité de la culture... Et quel tableau inattendu pour le visiteur !
On en rira longtemps !
C'est l'occasion de faire connaissance avec
LA BOUILLIE DE SARRASIN
Ingrédients :
1 litre de lait entier
1/2 litre d'eau
250gr de farine de sarrasin
30g de farine de blé
1pincée de sel


Dans une grande cocotte , bien délayer les farines de sarrasin et de blé avec l'eau et le lait.
Porter à ébullition tout en remuant. En cuisant, la préparation durcit.

Continuer à remuer énergiquement. Dès ébullition, laisser cuire 10 minutes tout en remuant plus modérément.
Ajuster la consistance selon votre goût en ajoutant plus ou moins de lait.


Deux façons de la déguster:
- Servir immédiatement dans une assiette creuse. Former un cratère au milieu pour y déposer une grosse noix de beurre. Avec une cuillère à soupe, se servir sur les flans du cratère sans prendre tout le beurre.
- Une fois refroidie, frire à la poêle et découper en tranches.

Creully sur Seulles - De quoi se nourrir de produits laitiers et... améliorer sa culture personnelle.

 Ma mère tenait un dépôt de produits laitiers de l'usine Paillaud voisine. Ce lieu de vente faisait partie de l'habitation. Un autre lieu de vente se trouvait rue de Caen ; il était tenu par madame Jeanne.

Le curé de l'époque, l'abbé Durand avait demandé à ma mère si elle était d'accord pour joindre au dépôt une bibliothèque afin de mettre à la disposition des creullois des livres et BD. Elle accepta ; ainsi naquit la première bibliothèque de Creully.

La flèche indique le passage où se situait le dépôt.

Avec mes parents, nous habitions dans cette maison.



Creully sur Seulles - Juin 1944 - La vie continue pour les creullois et Creulloises...

 

Ces photos ont été prises par des militaires ou reporters qui ont débarqué en juin 1944 sur nos plages normandes.