Le taureau de Creully par les lavandières de Secqueville en Bessin.

 


Retrouvons ces dames au lavoir de Secqueville en Bessin.

Berthe : Ah, Marise, as-tu entendu parler de ce qui s’est passé hier à Creully ?

Marise : Non, quoi donc ? Encore des commérages ?

Berthe : Point du tout ! Un accident, et pas des moindres ! Figure-toi qu’au concours d’animaux organisé par la Société d’agriculture de Caen, un taureau a failli estropier un homme !

Marise : Un taureau ? Sainte Mère ! Mais comment cela est-il arrivé ?

Berthe : Eh bien, les messieurs du jury étaient là, examinant les bêtes comme ils le font chaque année. M. Hornez, un des juges, inspectait la mâchoire d’un taureau pour vérifier son âge. Mais voilà que l’animal, mal retenu par son bouvier, s’énerve tout à coup et se met à ruer comme un diable !

Marise : Grand Dieu ! Et il a blessé quelqu’un ?

Lavoir de Secqueville en Bessin

Berthe : Oh oui ! M. Hornez a eu le bon sens de s’écarter à temps, sinon il était frappé en pleine poitrine. Mais M. le comte d’Osseville, lui, a été jeté à terre comme un vulgaire sac de farine !

Marise : Oh là là, pauvre homme !

Berthe : Et ce n’est pas tout ! M. Jardin a reçu un coup au bras droit, rien de bien grave, mais M. Duquesnel, lui, a été bien malchanceux… la bête lui a rué sur le pied gauche, et il en a été blessé assez sérieusement !

Marise : Ah, les pauvres ! On croit que juger un concours de bêtes, c’est une affaire tranquille, mais voilà bien la preuve du contraire !

Berthe : Tu l’as dit ! Ce n’est pas tout rose, ces histoires-là… Tiens, passe-moi donc ce savon, j’ai encore deux draps à frotter avant de rentrer.

Article sur le même thème Creully sur Seulles - Septembre 1880 - Les jurés du concours agricole face au taureau.

Le premier week-end de printemps 2025, la Seulles disparut puis réapparut deux jours plus tard.

 


Le premier dimanche du printemps, les habitants de Creully et ceux du hameau de Creullet furent témoins d’un phénomène étrange : la Seulles, cette rivière paisible qui serpentait dans la vallée, disparut soudainement. Son cours, d’ordinaire si régulier, s’interrompit brusquement en un point précis de son lit, où un trou s'était formé dans la nuit.


Des habitants de Tierceville, alertés par le silence anormal de la rivière, remontèrent vers l’amont en empruntant les berges. Là où, la veille encore, l’eau clapotait joyeusement, il ne restait qu’un gouffre sombre, avalant la Seulles comme un monstre insatiable. Les villageois s’interrogeaient, certains murmurant qu’un esprit ancien s’était réveillé, d’autres évoquant un phénomène géologique inexplicable.

C'est ici que la Seulles disparut.


Des experts furent appelés, mais ni les géologues ni les hydrologues ne purent donner d’explication immédiate. La rivière s’était tout simplement volatilisée, aspirée sous terre sans laisser de trace.

Puis, deux jours plus tard, alors que le mystère s’épaississait et que certains craignaient de voir la Seulles disparaître à jamais, l’eau revint aussi soudainement qu’elle s’était évaporée. Le gouffre, qui paraissait encore béant la veille, s’était comme refermé sur lui-même. La rivière reprit son cours normal, comme si rien ne s’était jamais passé.

Les habitants restèrent perplexes. Était-ce un caprice de la nature, une faille souterraine qui s’était ouverte puis refermée ? Ou bien une vieille légende locale, oubliée depuis longtemps, venait-elle de leur rappeler qu’il y a bien des siècles, on pouvait quitter la forteresse médiévale de Creully par un souterrain pour rejoindre la grande ferme à l’entrée de Crépon, un village au nord-ouest ? La rivière Seulles avait-elle voulu visiter ce passage secret ?

Quand la laiterie Paillaud de Creully envoyait ses boites de lait en Birmanie.

 La Birmanie a été touchée vendredi par un séisme de magnitude 7,7 qui s'est produit à 16 kilomètres au nord-ouest de la ville de Sagaing, et dont les secousses ont été ressenties jusqu'en Thaïlande. A ce jour on dénombre plus de 1600 morts.

Après la guerre de 39-45, la laiterie PAILLAUD de Creully mettait en boite du lait concentré pour la Birmanie comme nous le prouve l'étiquette ci-dessous.

Collection philippe Vuillemin
Une partie de la laiterie Paillaud .

Creully sur Seulles - Le Père Fouras de Creully

Monsieur Fouras que l'on appelait "le père Fouras" qui a été secrétaire de mairie et un très bon violoniste. Le bureau d'accueil de la mairie était au rez de chaussée de cette tour dès 1946.




les artistes militaires de l'Armée canadienne ont "croqué" Creully et ses environs

Au sein du Musée canadien de la guerre à Ottawa, les collections d'art militaire présentent des aquarelles réalisées par des artistes ayant participé au débarquement de 1944 sur nos côtes.
Je vous en présente quelques-unes réalisées aux alentours de Creully
Creully - Broomfield, Adolphus George

Hôpital de campagne près de Creully - Broomfield, Adolphus George

Convoi routier vers le front à Cully - Broomfield, Adolphus George

Lantheuil - Tente de camouflage - Goranson, capitaine d'aviation Paul Alexander

Lantheuil - Goranson Paul Alexander

Amblie - Bennett, Capitaine John Alfred Everest

Courseulles - Fisher, Capitaine Orville Norman 
Courseulles - Fisher, Capitaine Orville Norman 
Courseulles - Bone, Stephen

Source : musée canadien de la guerre que je remercie de mettre à notre disposition une multitude de documents souvenirs de la guerre 39-45.

Quand les filles voulant se marier s'arrêtaient à Colombiers sur Seulles.


A une demi-lieue du cœur du bourg de Colombiers-sur-Seulles, surplombant la vallée de la Seulles, depuis le sommet du coteau, se dressait jadis une sentinelle de pierre, un monolithe imposant que l’on nommait « la Pierre Debout ». Ce menhir, sculpté par le temps et les éléments, s’élevait fièrement à 3,60 mètres, tel un vestige des âges oubliés, gardien silencieux d’un antique chemin où, disait-on, passait jadis une voie romaine.


Mais la Pierre Debout n’était pas qu’un simple roc figé dans l’éternité. Autour d’elle, les légendes murmuraient et les croyances s’entremêlaient. On racontait qu’elle était dotée d’un pouvoir mystérieux, capable d’exaucer les vœux de celles qui osaient la défier. Des pèlerins en route vers Notre-Dame de la Délivrande faisaient halte en ces terres, des jeunes filles en quête d’amour et de mariage se risquaient à accomplir un rite ancestral. Selon la tradition, elles devaient grimper sur le sommet du menhir, déposer une pièce de monnaie dans une cavité naturelle de la pierre, puis, le cœur battant, sauter dans le vide. Si l’épreuve était réussie, on disait que leur vœu d’union serait exaucé avant la fin de l’année.

Vers 1845, est-ce à force de recevoir les offrandes d’innombrables mains tremblantes d’espoir, la Pierre Debout finit par s’affaisser sous leur poids, emportée par le destin qu’elle avait si longtemps façonné ? On accusa les sabots des postulantes d'avoir déformé les cupules rituelles qui existaient sur la pierre. 

C’est ainsi que l’on cessa de la nommer simplement « la Pierre Debout », et qu’elle devint, à jamais, le « Menhir des Demoiselles », témoin muet des espoirs et des promesses d’antan.

Vol à la foire de Creully - 1834 - Paroles de lavandières

 

Paroles de lavandières


Nous sommes en septembre 1834, sur le bord du lavoir de Sainte Croix Grand'tonne


Jeanne : Dis donc, Marguerite, as-tu entendu parler de ce qui est arrivé à la foire de Creully l’autre jour ?

Marguerite : Oh que oui, Jeanne ! Tu parles de Marie Levillain, la femme Bonvoisin ?

Jeanne : Exactement ! Figure-toi qu’elle était chez le sieur Hergaux, en train de faire mine d’examiner ses étoffes...

Marguerite : Hum... Je vois bien le genre, l’air de rien, la main qui traîne...

Jeanne : C’est ça ! D’une main, elle touchait un morceau de tissu, et de l’autre, hop ! Une belle pièce de cotonnade sous le tablier. Ni vue ni connue, elle s’en allait tranquillement !

Marguerite : Mais alors, comment s’est-elle fait prendre ?

Jeanne : Ah ! Les Hergaux, père et fils, avaient l’œil. Ils l’ont arrêtée avant qu’elle ne s’éclipse.

Marguerite : Ah la malheureuse ! Et elle a avoué ?

Jeanne : Pas du tout ! Elle a laissé tomber la pièce, levant les bras au ciel, jurant qu’elle était innocente comme un nouveau-né !

Marguerite : Ah ! Ces histoires, toujours les mêmes... Et la justice, qu’en a-t-elle dit ?

Jeanne : Eh bien, le tribunal n’a pas été dupe, ma chère. Trois mois de prison et les dépens !

Marguerite : Eh bien, elle s’en souviendra ! À trop vouloir jouer les fines, on finit par se brûler les ailes !

Jeanne : Comme tu dis, Marguerite. Allez, frottons, y’a encore du linge à laver !

Creully sur Seulles - Un ami nous a quitté : Jean-Marie Mesnil

 Jean-Marie Mesnil, un creullois, nous a quitté. Triste nouvelle de perdre un ami, féru d'histoire comme moi.

Noé Groult a bien voulu retracer la vie de Jean-Marie:

Jean-Marie au volant du camion de livraison de l'épicerie Mesnil, bien connue sur la place de Creully.

Jean Marie reste pour moi une merveilleuse rencontre que je mettrai au même
niveau que ma rencontre avec Pierre Troisgros. Je suis arrivé à Creully en mars 1973, pour devenir l'adjoint de Mme Monique Corbet qui était responsable de l'administratif de la Coopérative de Creully. J'habitai à Meuvaines et en 1976 j'ai construit une maison rue Haimon Le dentu, en face de chez Mr Clairon. Très vite j'ai fréquenté la cave de Jean Marie et au fil des années nous avons sympathisé. Il est devenu  mon Maitre pour le vin. A son contact je me suis investit et découvert les subtilités des vins en devenant modestement un spécialiste du vin, champagne et Calvados. Je me souviens que j'avais proposé au Directeur  de la Coop, Claude Corbet et au conseil d'administration d'offrir un magnum de Vin de Bordeaux pour  une assemblée générale. Jean Marie,  Il était descendu, chez la Maison Dourthe et avait dégusté trois cuvées. A la réception, il ouvre une bouteille et il ne retrouve pas le vin désiré. Il retourne la palette et exige  le bon. En rangeant ma cave je viens  de découvrir un magnum du N° 1 de chez Dourthe millésime 1998, que j'avais commandé pour Assemblé Générale de décembre  1999.   " A l'occasion du changement de Millénaire, votre Coopérative de Creully est heureuse de vous offrir ce magnum gage de prospérité." Je n'oublie pas, quand, j'ai créé " Les Délices du Parc" à Courseulles sur mer avec un associé, Jean Marie nous a donné un sacré cout de main pour le choix des produits, les prix et sur les délais de paiements.  Quand je pense à lui, je me rappelle des moments exceptionnels, quand nous mangions chez le curé Morcel un sacré personnage il habitait au dessus de la poste, et avec une petite bande Jacki Madelaine, Thierry Collet, Monsieur Henry Dumesnildot, Jean Marie  et quelques autres qui se joignaient à nous, on passait des moments inoubliables à refaire le monde. Un jour j'ai organisé dans "sa cabane" à St Come de Fresne, un repas gastronomique pour la bande  avec une dizaine de plats dont foie gras, carpaccio de lotte, la crème de bulot que j'ai eu le plaisir de présenter à Pierre Troisgros, saumon cuit dans du paprika fumé, encornets farcis. et ...pleins choses encore, quel souvenir et surtout heureux  de lui avoir fait plaisir. 
C'était un homme fidèle en amitiés et en commerce, il me racontait dernièrement qu'il travaillait avec la Maison Ramage La Bâtisse depuis les années 60, on peut ajouter Henriot, Devaux, Pabiot, Beyer, Dourthe, Maison en Cheverny,  Faiveley, Chateau Villeneuve et le Calvados de la Maison Huard..
Il appréciait,  les personnes sincères, il détestait  les hypocrites et les renifler de très long   il n'aimait pas  les beaux parleurs, et surtout il n'aimait pas d'être trahi, dans ce cas c'était fini à vie., 
Il avait un caractère bien trempé et des idées bien arrêtées, qui lui donne raison aujourd'hui.
Il avait beaucoup d'humour, son gros coup  qui avait fait là une des journaux. Avec un gros bidon en perçant des trous, il avait représenté un extra terrestre qui atterrissait sur la terre, il l'avait déposé derrière son dépôt dans un champs, ça se passait la nuit, donc plus impressionnant, et un de ses  salariés était tombé dans le panneau, il racontait partout ce qu'il avait vu résultat c'est arrivé aux oreilles des gendarmes et des journalistes..................
Je pourrai en parler pendant des heures, mais mon plus beau souvenir c'est d'avoir fait avec lui un petit livre sur le champagne, qui m'a donné envi d'écrire un livre sur le vin, il m'a donné des conseils et j'en tenue compte, et il l'avait beaucoup apprécié..
Adieu l'ami mais tu resteras toujours dans mes pensées.


Le maître bâtisseur, maçon d'Amblie (près de Creully) et le dôme de l'église de Valognes.

 

L’église de Saint-Malo de Valognes ne devait pas son mérite à l’unité de son style, mais plutôt à l’empreinte laissée par plusieurs générations de maîtres d’œuvre, qui se sont succédé du XVe au XVIe siècle. Témoignage de leur talent, le dôme ou tour-lanterne, édifié entre 1607 et 1612 sur la tour érigée à la croisée du transept, illustre le dévouement et la générosité des habitants de Valognes. Malgré les ruines et les ravages subis par leur ville en 1944, comme dans toute la Basse-Normandie, ils n’avaient pas renoncé à leur patrimoine. 

Ce dôme est aussi l’héritage d’un architecte longtemps resté dans l’ombre, dont le nom a été révélé grâce à des documents récemment offerts aux archives de la Manche par Louis Foisil :
Richard Gobey, maître bâtisseur et maçon de la paroisse d'Amblie, près de Creully.


Les archives confirment que la conception et l’exécution essentielle de l’ouvrage reviennent à Richard Gobey. Toutefois, son œuvre fut étroitement liée à celle de Robert Gourrault, trésorier de l’église, dont le nom demeure attaché au dôme, parfois surnommé « tour Gourrault ». Gourrault, qui semble avoir agi en tant que surveillant des travaux en l’absence de Gobey, dut faire appel à la générosité des paroissiens afin d’obtenir des fonds supplémentaires, indispensables à la poursuite du chantier.

Lorsqu’en 1607, les paroissiens conclurent un accord avec Gobey, un acte fut rédigé pour en formaliser les termes. Ce devis, cependant, témoigne d’une rédaction maladroite : soit que le maître maçon, peu lettré, ait eu du mal à exprimer sa pensée, soit que le notaire, ignorant des termes architecturaux, en ait mal transcrit les explications.

La pierre d’Orival, embar­quée au port de Bernières et amenée par mer à Quinéville, n’exigea pas moins de « soixante voitures de harnois » pour être transportée à pied d’œuvre.


LE DEVIS  

(J'ai recopié ce texte sans en modifier l'orthographe de l'époque.)

 " L'an mil six cent sept le treiziesme jour de mars à Vallongnes, furent présents :
Les sieurs ofliciers du Roy, nobles bourgeois et habitans  de Vallongnes, savoir nobles hommes Mr Jacques Poerier...........
 Lesquels pour eux et aultres dudit lieu ont fait marché, accord et attachernent avec Mr Richard Gobey, maistre  masson, de la paroisse d'Aomblye, viconté de Caen,
Par lequel ledit Gobey a promit et s’est obligé, par le  corps, faire bastir et rendu prest et parlait dans le jour et  feste de Toussaint prochain venant, sur la tour lanterne de  l'église dudit lieu un dosme en forme d'impérialle de  carreau, sellon et suyvant le dessain et figure de ce baillée  el signée par ledit Gobey, lequel dosme sera conduit et  élevé à Ia hauteur du coq de la tour de l'horloge de Ia  forme et faceon réduite à huit pans égaulx sur ladite  lanterne et à chacun pan une fenestre  de vingt pouces de laize, de haulteur qu’elle ne pourront estendre soubz le cordon et corniche de de dessus, faisant ceinture à l’entour  dudit dosme avec un pilastre représenté au pied droit de  chacun costey desdites fenestres de six pouces de face et  trois pouces de saillie hors la ligne des esselles, qui sera de huit pouce d'épaisseur, à Ia hauteur de dix pieds de pied- droit soubz ladite corniche avecq les frises au-dessus d'icelle  corniche soubz les petites piramides  et amortissemens  représentez avec leurs crestes sur chacune desdites fenestres, et sera chacune assise dudit dosme d'épaisseur de six  poulces par un lit et de sept poulces par l'aultre — et sur  chacun coing et carré un ourlet portant ses crestes avec l'admortissement du hault, le tout du carreau prins es « carrières d'Orival, Vallongnes et Yvetot, ainsy que ledit Gobey verra bon;  — ci faisant face et parement par dedens et dehors; — et sera tout ledit edifice passonné avec cyment de bricques et vives chaux;  — et oultre sera tenu fournir une ceinture en barres de fer attachées et coullées avec le plomb allentour du piedestal dudit dosme avec une aultre ceinture de plomb coullée et engravée dedans l'une desdites assises de carreau viron à la hauteur de la moitié du dit dosme.
 
 Pour faire lequel ouvrage, ledit Gobay sera tenu fournir  à ses frais de tous les matériaux, tailles, services et instrumentz, choses nécessaires et requises tant pour la conduite et perfection dudit ouvrage que pour le service sans en rien y convoquer ny appeler lesdits sieurs officiers, fors et réservé le nombre de six chartées de perches de bois pour luy aider à faire ses piliers et deux chartées de gros boys de haestre pour ses ceintres que lesdits sieurs luy feront mettre à place et luy fourniront le charroy de soixante chartées de carreau prins du havre de Quinéville du nombre des careeaux par luy rendus audit havre et prins à Bernières.
 
Et fut ledit marché et attaschement fait pour le prix et somme de quinze cent livres tournois pour principal et cent livres tournois pour vin, lequel vin lui sera payé par  advance et le reste en travaillant tant à l'assemblement et  achapt de ses matériaux que aultremenl, et après lesdits matériaux assembler, sera payé par sepmaine eu travaillant  audit ouvrage.
Signent :
 Poerior — Dumonslior — Lucas — Dumouchel —  Le Febvre — De Viray — Jobart — Jacques Jallot — •i G. Le Febvre — J. Le Febvre — Gires — Delangle —  Le Verrier — Gobey — Le lBret — Frolland — De Touraine  — Poisson — Ogier — Prevastel — Tourneboys —  P. Mouchel — Pridechien — Denis — Denis —  Marie —  Llaisney — Le Maistre et Hourdon, varaffées."

Le 30 août 1607, Richard Gobey apposa son seing sur l’acte de marché, attestant ainsi avoir reçu de Robert Gourrault, avocat et trésorier de l’église, un premier versement de 560 livres sur la somme convenue. Les travaux avancèrent avec vigueur durant un an. 

Entre le 11 novembre 1607 et le 8 septembre 1608, Gourrault déboursa encore 644 livres pour rémunérer les carriers d’Yvetot, les mariniers acheminant la pierre du Bessin jusqu’à Quinéville, les charretiers la transportant jusqu’à Valognes, ainsi que les ouvriers la mettant en œuvre. À ces dépenses s’ajoutaient les 500 livres versées en 1607, portant le total à 1204 livres, somme presque entièrement absorbée, alors que le chantier était encore loin d’être achevé.

À l’été 1608, Gobey quitta Valognes pour se consacrer à une autre construction à Notre-Dame de Saint-Lô. Confronté à des pertes financières, il refusa de poursuivre les travaux. Les paroissiens, outrés, mandatèrent Gourrault pour l’obliger à honorer ses engagements, n’hésitant pas à envisager la saisie de ses biens et même son emprisonnement. Acculé, Gobey céda et accepta de revenir à Valognes. Sensibles à sa détresse, les habitants firent preuve de clémence et lui promirent un complément de 300 livres. Toutefois, cette aide se révéla insuffisante, et l’année suivante, Gobey se retrouva une nouvelle fois sans ressources.

Dans une requête poignante, il exposa son infortune : son logis d’Amblie avait été pillé, ses biens volés, et il risquait d’être contraint de vendre sa dernière maison et d’envoyer sa famille mendier. 

Creully, Amblie et Bernières sur une carte du littoral de la Manche (1678).

Il ne réclamait aucun salaire pour lui-même, se contentant de l’hospitalité d’un paroissien charitable jusqu’à la Toussaint, mais suppliait que ses ouvriers soient payés. Touchés par son désespoir, les habitants acceptèrent de verser 200 livres, à condition qu’il ajoute, au sommet de l’édifice, huit fenêtres avec les moulures et amortissements nécessaires pour accueillir l’horloge du lieu.

Le 9 novembre 1611, Gourrault présenta les comptes : il apparut que Gobey avait perçu 2100 livres pour lui, ses ouvriers et les matériaux, sans en tirer aucun profit. Le trésorier fut alors chargé d’acquérir quelques charretées de pierre afin de finaliser les derniers éléments de maçonnerie. Privé de tout nouvel apport financier, Gobey abandonna une fois de plus le chantier. Pourtant, loin de lui en vouloir, les habitants réalisèrent qu’il avait été victime d’un marché désavantageux.

Fiers de leur dôme, ils continuèrent cependant à lui faire confiance et, le 15 décembre 1612, lui confièrent une nouvelle tâche : la reconstruction de la flèche sur l’escalier de la chapelle Saint-Sépulcre, près de la grande porte de l’église. Pour ce travail, ils s’engagèrent à fournir les matériaux et à payer les ouvriers, tout en promettant à Gobey une rémunération de 60 livres.

Ce maigre salaire fut sans doute le seul bénéfice pécuniaire que Richard Gobey retira de ses travaux à Saint-Malo de Valognes. Pourtant, il est probable qu’il ait laissé d’autres édifices en héritage, car le dôme de Valognes témoigne d’un talent indéniable, empreint d’une sensibilité artistique singulière et originale.

LE PLAN DE GOBEY

Voici un extrait d'un texte trouvé dans un ancienne "Annuaire du département de la Manche" concernant un plan qui m'a été fourni par Franck Isidor: 

Lorsque les paroissiens traitèrent avec Gobey eu 1607, Ia construction de la
tour était déjà fort avancée ; la partie  basse, octogonale, qui raccorde si heureusement la nef et le chœur, de hauteurs différentes, était construite ainsi que la voûte inférieure, mais il restait à élever l'amortissement  ou couronnement.  Le dessin proposé par le maître bâtisseur d'Amblie a été conservé ; il porte au dos cette note ; "La figure représentée en l'autre part haillée par moy douhz-signé, maître masson, pour la conduite de la couverture de la lanterne de l'église de Vallongnes. R.Gobey" 
Ce dessin est précieux, car les documents de cette nature sont extrêmement rares, mais c'est une œuvre médiocre, faite par un dessinateur inexpérimenté qui n'avait aucune notion de perspective. R.Gobey était plus habitué à tailler la pierre qu'à tenir un crayon. 








Sources : Annuaire du département de la Manche - Bourde de la Rogerie - Archives départementales du Calvados - Franck Isidor.

Creully sur Seulles - Réconfort de la table lors d'une kermesse (années 1970)

 C'est autour d'un bon repas que les participants de la fête se retrouvent à Creully.


Colombiers sur Seulles - 1846 - « Levez-vous ! Au secours ! À la garde ! »

 

Dans la nuit de samedi 2 à dimanche 5 mai 1846, entre onze heures et minuit, la commune de Colombiers-sur-Seulles fut mise en émoi. De toutes parts, on criait : « Levez-vous ! Au secours ! À la garde ! » Et chacun de se lever et d’accourir. La garde nationale fut requise, et le commandant de cette milice citoyenne se retrouva bientôt à la tête de quatorze hommes, dont le premier était le maître d’école, armé d’un bâton d’environ trois mètres de long.

Les autres citoyens s’armèrent de pelles, de fourches, de râteaux et d’autres instruments aratoires ; il ne manquait plus qu’une charrue en guise de canon. On eût dit une véritable armée révolutionnaire.

Que se passait-il donc ? Des voleurs avaient été signalés dans l’église ! On proposa d’envoyer chercher les gendarmes à Creully, de prévenir le maire, d’aller à Caen avertir le procureur du roi. Un malin suggéra même de sonner le tocsin. « Mais pour sonner le tocsin, » fit remarquer un troisième, « encore faut-il entrer dans l’église ! »

— Entrons !

        On introduisit la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit… et que trouva-t-on ? Le custos, éclairé par une lanterne sourde, en train de balayer le temple.

Chacun fut vexé d’avoir été réveillé en sursaut. Bientôt, l’exaspération atteignit son comble, et il s’en fallut de peu pour que l’on ne lapidât le malheureux.

Cependant, le commandant, après lui avoir fait rendre non pas son épée, mais son balai, lui demanda pourquoi il balayait à une heure si tardive. Le custos répondit :

— J’avais envie d’aller à la foire demain, alors je mettais tout en ordre pour pouvoir partir.

Force fut aux assiégeants victorieux de se retirer sans punir le custos.

Et voilà comment, en cette mémorable nuit de mai 1846, le bourg de Colombiers fut mis en alerte.

L'écrit retrouvé mentionne "Colomby sur Seulles"...

L'enfant "pompier" qui lutta contre l'incendie de Creully en 1840.

 La presse dont le journal "le temps" dans son édition de Paris relatait qu'un enfant avait participé à lutter contre l'incendie qui embrasait Creully en novembre 1840.

Voici son histoire.

Le 17 novembre 1840, le village de Creully fut enveloppé par une nuit d’horreur. Les flammes, déchaînées par un vent féroce, ravageaient tout sur leur passage, réduisant en cendres près de 80 % des maisons. Le ciel, zébré par l’éclat rougeoyant de l’incendie, illuminait les visages terrifiés des habitants qui fuyaient, des larmes de désespoir dans les yeux.

Au loin, le grondement des sabots résonnait : pour venir en aide aux sapeurs-pompiers de Creully, ceux de  Caen accouraient, déterminés à arracher ce petit bourg à l’étreinte mortelle du brasier. Parmi eux, une silhouette inhabituelle se glissait entre les hommes. C’était un enfant, pas plus haut que trois pommes, mais dont les yeux vifs trahissaient une intelligence remarquable. Son nom : Denier.

Le jeune garçon, témoin de ce drame, ne resta pas à l’écart. Usant de son esprit vif et de son courage rare, il se rendit utile parmi les pompiers. Qui pour transmettre un seau, qui pour rassurer une vieille femme en pleurs. Sous les regards admiratifs des hommes en uniforme, le petit Denier devint une source d’inspiration, un symbole d’espoir au milieu des cendres.

Quand enfin les flammes furent vaincues et que la paix revint sur Creully, la compagnie de Caen convia le garçon à partager les modestes rafraîchissements qui suivaient habituellement leurs exploits. Ils avaient trouvé en lui bien plus qu’un simple enfant curieux : une âme vaillante, forgée par la vie avant l’heure. Dès ce jour, il devint l’“enfant du régiment”.

Mais la vie, souvent cruelle, avait réservé d’autres épreuves à Denier. Son père, lui-même pompier, perdit tragiquement la vie lors de l’extinction d’un autre incendie, à Beaulieu, à Caen. Orphelin, le petit garçon aurait pu sombrer dans la solitude. Mais les liens qui l’attachaient à cette grande famille de pompiers se firent plus solides encore.

Un dimanche, lors d’une revue, le capitaine Jobert rassembla ses hommes autour de Denier. D’un ton grave mais chargé de tendresse, il rappela l’histoire émouvante de cet enfant courageux, protégé par leur communauté. Puis, dans un élan d’humanité, il lança une question :
— Messieurs, qui parmi vous serait prêt à prendre ce garçon sous son aide et à lui apprendre un métier pour assurer son avenir ?

À peine eut-il fini qu’une clameur s’éleva. Vingt voix généreuses proposèrent leur aide. Mais un homme, plus rapide que les autres, sortit des rangs. C’était M. Becquémié, serrurier de la rue Saint-Martin. Il s’avança avec fermeté, prit la main du garçon et déclara :
— Moi, capitaine. Je m’engage à faire de ce brave garçon un honnête homme et un bon ouvrier.

Les larmes jaillirent des yeux de Denier alors qu’il se jeta au cou de son bienfaiteur, murmurant des mots de gratitude. L’émotion de la scène était contagieuse ; hommes et spectateurs, tous furent bouleversés par cet instant de pure humanité.

Les journaux du Calvados firent grand cas de cette belle histoire, rappelant à tous la force de la solidarité et le pouvoir du courage, même dans les heures les plus sombres. Quant à Denier, il trouva dans le feu et l’acier une famille, un métier, et la promesse d’un avenir digne de celui qu’il était destiné à devenir.

1857 Creully (Creully sur Seulles) - Tilly sur Seulles une affaire de foire à la louerie

CONSEIL GÉNÉRAL DU CALVADOS
La commune de Tilly-sur-Seulles demande que sa foire de la Madeleine, qui se tient chaque année le 22 juillet, soit reportée au dimanche le plus rapproché de cette date.
La Madeleine de Tilly sur Seulles

SÉANCE DU 31 AOUT 1857
Le Conseil, prenant en considération cette réclamation, est d'avis qu'il y a lieu de l'accueillir.
Le Conseil général,
Vu la délibération du conseil municipal de la commune de Tilly-sur-Seulles, en date du 23 novembre 1856, demandant que la foire dite de la Madeleine, qui se tient dans cette commune le 22 juillet de chaque année, soit transférée au dimanche le plus rapproché de cette date du 22 juillet;
Vu les délibérations des conseils municipaux des 77 communes intéressées, notamment celle de Creully, en date du 9 août 1857;
La foire de Tilly
Vu les délibérations des conseils d'arrondissement de Caen, de Bayeux et de Vire ;
Vu l'avis de la chambre consultative d'agriculture de l'arrondissement de Caen ,en date du 5 juin 1857 ;
Vu le rapport de M. le Préfet ;
Considérant que la foire de la Madeleine, établie à Tilly le 22 juillet de chaque année, est plutôt une foire-louerie ou assemblée de promeneurs qu'une foire commerciale ; qu'il en résulte donc qu'une réunion de cette nature n'a aucune chance de succès, surtout à l'époque de la moisson, si elle n'est fixée à un dimanche; qu'il paraît juste de donner cette satisfaction à une commune chef-lieu de canton ;
Que sur les 77 communes consultées, 59 ont émis un avis favorable à la demande de Tilly, 14 un avis contraire et 4 ne se sont pas prononcées ;
La louerie de Creully
Que la commune de Creully, qui se trouve au nombre des opposantes, possède,il est vrai, une foire-louerie, établie le 18 juillet de chaque année, et qu'elle allègue qu'à raison de sa proximité avec Tilly, le changement réclamé par cette dernière commune pourrait lui être très préjudiciable, puisqu'en admettant le changement, ces deux foires-loueries devraient se trouver le même jour cinq fois sur sept;
La foire de Creully
Mais qu'il paraît juste d'admettre qu'en raison de la distance séparant les deux bourgs de Tilly et Creully (16 kilomètres environ), il ne pourrait y avoir aucun inconvénient à ce que les deux foires-loueries se tiennent parfois le même jour, et que rien ne semble faire supposer qu'elles puissent se préjudicier réciproquement ;
Est d'avis qu'il y a lieu de fixer à l'avenir la foire de la Madeleine de Tilly au dimanche le plus rapproché du 22 juillet de chaque année.

Ver sur Mer - La légende de la sentinelle de pierre : la "Tour du Fol"

C'était un lieu étrange, presque ensorcelé, où les légendes dansaient encore au crépuscule. Là-bas, à l'angle de la plage, près de l’embouchure d’une petite rivière portant le doux nom de Provence, se dressait autrefois une tour imposante. À l’ombre de ses créneaux et de ses mâchicoulis, elle semblait surveiller les âmes et les marées, défiant le temps et les envahisseurs. On l’appelait La Tour du Fol.

Les anciens prétendaient que cette sentinelle de pierre avait été érigée bien avant l’invasion de la Bretagne (Angleterre) par César et ses légions. Pourtant, nul historien, ni même les érudits les plus opiniâtres, n’ont pu en percer les mystères. Les vieilles pierres murmurent que les Romains, désireux de contenir les rébellions gauloises et de sécuriser leurs conquêtes, bâtirent cette forteresse pour scruter l’horizon, prêts à repousser tout adversaire.

Parmi les hommes qui arpentaient les murailles de cette tour, un centurion

nommé Carus avait laissé une empreinte profonde. Cet officier romain, aguerri et droit, était aussi père. Sa fille Livie, jeune femme à l’éclatante beauté, illuminait ces lieux austères de sa grâce. Dix-huit printemps avaient suffi à façonner son éclat. Avec ses longs cheveux noirs comme l'aile d’un corbeau et ses yeux limpides comme le ciel par une nuit d’été, elle était un poème vivant. Sa beauté n’était pas seulement celle des traits, mais aussi celle d’un cœur pur et aimant.

Livie avait grandi dans l’enceinte protectrice de la forteresse, loin des tumultes du monde extérieur. Mais ce monde finit par la trouver. Une soirée de printemps changea tout. Sous les cieux baignés d’une lueur douce, elle croisa le regard de Verbrenn, un chef gaulois à la bravoure aussi légendaire que son orgueil. Captivé, l’homme ressentit un bouleversement profond en voyant cette silhouette drapée de blanc. Elle semblait à la fois divine et humaine, inaccessible mais si proche. De ce premier échange silencieux naquit une passion aussi brûlante que les braises d’un feu sacré.

Pourtant, leur amour naissant était voué à braver la violence des temps. Verbrenn, malgré ses sentiments, était un rebelle dont la colère et le courage inspiraient les opprimés. À l’appel des Druides et des dieux celtiques, il devint le fer de lance d’une insurrection contre l’envahisseur romain. Une nuit sombre, alors que la forteresse dormait, les Gaulois lancèrent leur assaut. Les cris féroces des assaillants et le tintement des armes rompirent la quiétude. Les gardes furent pris par surprise ; la garnison périt.


Carus, le centurion, tomba en défendant l’honneur de Rome et de sa fille. Livie, dans l’effroi de l’attaque, se retrouva capturée. Quand elle ouvrit les yeux, c’est Verbrenn qu’elle vit, les bras encore marqués par la lutte, mais ses yeux remplis d’un amour dévorant. Si la guerre avait fait d’eux des ennemis, leur passion résonnait comme une trêve secrète. Cependant, en apprenant la mort de son père, Livie sentit la douleur balayer son amour comme un ouragan.

Elle s’empara de l’arme de Verbrenn, se métamorphosant en une lionne de vengeance. Avec une force presque surnaturelle, elle se battit contre ses propres sentiments, contre les vainqueurs qui l’entouraient. Mais son cœur ne trouva ni victoire ni repos. Elle chuta, le corps percé de coups.

Verbrenn, terrassé par le chagrin, se tint près d’elle, incapable d'accepter cette perte. Le guerrier, que ni Rome ni les armes n’avaient pu abattre, s’effondra. Leur union avait défié les lois humaines et les ordres divins. La mort seule s’était imposée.

Les nuits de pleine lune, dit-on, deux silhouettes lumineuses hantent l’ancienne tour. Verbrenn, le héros des Gaules, et Livie, la fière Romaine, marchent côte à côte, unis par l’éternité. Car si la guerre avait ravagé leurs vies, l’amour, dans sa pureté éternelle, avait triomphé du temps et de la mort.

     A la fin du 19e siècle, Georges Lanquest, directeur du journal "le Home" à Paris, fit construire un lotissement appelé "hameau du Petit Trianon" où fut érigé un "temple de l'Amour". On dit que ce fut sur l'emplacement de la "Tour du Fol". Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 l'ensemble est bombardé, seule la maison du garde est épargnée.


Source : Livre de G Lanquest paru en 1907.